L'amélioration de la gestion des résidus de table par les poules

Posté le 19/11/2017

Les poules ont des caractéristiques et comportements naturels que l’on devrait tout aussi naturellement tenter de mettre en valeur, pour le bien-être des poules bien évidemment, mais également pour l’environnement. C’est d’ailleurs ce qui constitue la base de mon enseignement et de mes expérimentations avec ces demoiselles ailées… rien que du gros bon sens appliqué à mon avis!

L’une de ces caractéristiques est l’omnivorisme, soit un régime alimentaire composé de viande et de végétaux. En fait, les poules apprécient grandement la diversité des sources alimentaires : herbe, vers de terre, limaces, insectes, résidus alimentaires (viande et végétaux), graines, etc. Je vous encourage ainsi fortement à leur offrir cette diversité de nourriture et ne pas vous en tenir simplement à leur nourriture standard sous la forme de granules ou de moulée, à laquelle elles doivent tout de même avoir accès en tout temps afin qu’elles puissent ingérer minimalement ce dont leur organisme a besoin, notamment le calcium nécessaire à la production d’œufs.

Le gaspillage alimentaire

Avez-vous déjà entendu parler de gaspillage alimentaire? Il se définit généralement par toute nourriture destinée à la consommation humaine qui est perdue ou jetée tout au long de la chaine alimentaire, que ce soit au champ, dans le transport, lors de leur transformation, à l’épicerie, dans les restaurants et hôtels ou encore à la maison. Et les chiffres ne sont pas banals. En effet, selon RECYC-QUÉBEC, 30 à 40 % des aliments sont gaspillés au Canada, ce qui représente une valeur de plus de 31 milliards $. De plus, 47 % du gaspillage alimentaire se fait par le citoyen!!!

 Quand on pense à toutes les personnes souffrant de malnutrition, ça semble plutôt révoltant de constater autant de nourriture gaspillée. De plus, lorsque ces aliments sont éliminés, généralement par enfouissement au Québec, leur putréfaction (dégradation en absence d’oxygène) génère du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Il y a ainsi un enjeu environnemental qui s’ajoute.

Il existe plusieurs stratégies et trucs à mettre en œuvre pour tenter de réduire le gaspillage alimentaire chez soi (ex : n’acheter que le nécessaire, mieux gérer son frigo, etc.). Pour en savoir plus : https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/citoyens/mieux-consommer/reduire-a-la-source/gaspillage-alimentaire. Toutefois, au bout de tous les efforts pouvant être faits pour diminuer la quantité de nourriture dont vous devrez disposer, il demeurera toujours une portion qui ne sera pas consommée (si comme moi vous avez de jeunes enfants, vous en savez très certainement quelque chose!). Dans un tel cas, vous pouvez compter sur une alliée de taille!

 

La poule : une véritable usine à recyclage!

Une poule a la capacité d’ingérer plus ou moins 150 kg (330 lbs) de résidus alimentaires par année… ce n’est pas rien! En plus, tel que dit plus haut, elle mange pratiquement n’importe quoi, en plus d’apprécier grandement bénéficier d’une diversité d’aliments.

J’ai pris connaissance, au fil de mes lectures, de différentes listes d’aliments que nous ne devrions pas donner aux poules. J’oppose souvent quelques réserves à ces listes, essentiellement pour les deux raisons suivantes :

  • Par expérience, il y a peu de choses que les poules ne mangent pas. Par expérience aussi, les poules que j’élève depuis maintenant cinq ans dans ces conditions de libre accès à une grande diversité de résidus de table demeurent en excellente santé;
  • Je fais entièrement confiance à l’intelligence de l’animal pour ingérer la nourriture qui lui convient (si cette nourriture est peu ou pas transformée, entendons-nous… donc des aliments reconnaissables).

Malgré tout, voici une règle à suivre, ainsi qu’une liste de quelques aliments à éviter de leur offrir :

  • Ne pas leur donner ce que vous ne mangeriez pas vous-même (os (ok si chair autour), nourriture avariée, marc de café, pelures non comestibles (oignon, agrumes, etc.), feuillages non comestibles (solanacées : tomate, patate, poivron, etc.);
  • Aliments proscrits :
    • Patate crue et ses épluchures;
    • Céleri;
    • Arachides, haricots secs;
    • Chocolat, café, thé;
    • Viande crue;
    • Nourriture trop transformée (plus d’éléments chimiques que d’ingrédients), trop salé, trop épicée.

 Sinon, gâtez-vous en les gâtant!

 

La complémentarité poules-compost

Si vous compostez déjà à la maison, les poules vous permettront d’améliorer encore davantage votre performance de recyclage des résidus alimentaires, principalement en permettant de recycler chez vous la viande, ce qui n’est pas souhaitable et approprié dans un composteur domestique. Si comme moi vous avez l’habitude de cuire un jambon complet par exemple, vous poules vont littéralement « capoter » de déguster la peau, la graisse et la chair pris après les os, que vous n’auriez de toute façon pas pu ajouter à votre composteur. Et en échange, vous obtiendrez œufs et fertilité… pas mal quand même!

 Ainsi, je vous suggère de donner aux poules tous les types de résidus de table qu’elles peuvent ingérer, plutôt que de les ajouter directement à votre compost. Pourquoi ?

  • Parce que contrairement aux poules, votre composteur de ne produira jamais de succulents œufs;
  • Parce que la digestion des résidus de table par les poules permet de fixer dans leurs déjections une grande partie de l’azote qu’ils contiennent, dans une forme facilement assimilable par les plantes. À l’opposé, si vous mettez ces mêmes résidus au composteur, l’azote est plus susceptible de retourner en bonne partie dans l’air;
  • Parce que les déjections des poules sont pleines de vie dont nos sols (et le compost) ont grandement besoin.

Dans un seul déplacement, vous pouvez ainsi donner aux poules les résidus alimentaires appropriés (la majorité bien souvent de votre lot) et le reste au composteur. Vous comprenez ainsi qu’il est logique de localiser votre composteur domestique près de vous poules!

Pour vous assurer que les résidus à donner aux poules demeurent frais, je vous recommande d’inclure dans votre petite routine quotidienne de soins aux poules l’apport des résidus de table chaque jour, car je le répète, ce qui n’est pas bon pour vous (ex : avarié, périmé) n’est pas mieux pour les poules!

De plus, plus vous donnerez accès à des résidus de table à vos poules, moins elles consommeront de leur nourriture sèche, donc plus vous ferez des économies dans l’achat de cette nourriture en granules ou moulée. Et croyez-moi, la différence peut être significative!

 

L’importance de la litière

La présence d’une litière, ainsi que son entretien, est très importante, autant dans votre poulailler que dans l’enclos.

Au poulailler, le principal rôle de la litière est d’absorber l’humidité, dont celle de déjections afin de neutraliser les odeurs, pour ainsi garder le poulailler au sec (humidité excessive = prolifération possible de maladie, difficulté pour les poules de se réchauffer l’hiver, etc.). À mon avis, le meilleur choix dans cas demeurent les copeaux de bois qui se vendent à peu de frais, compressé dans un ballot. Ces copeaux sont en fait des résidus des usines de sciage du bois d’œuvre, une industrie bien présente au Québec.

Dans l’enclos, la litière pourra être composée des matières que vous avez sous la main (feuilles, paille, résidus d’herbe, etc.). Dans ce cas-ci, elle permettra non seulement de capter les déjections, mais elle protégera également le sol et rendra ainsi possible la présence de petites bestioles dont les poules raffolent : vers de terre, insectes, etc. Cette couche de litière favorise ainsi l’accès à une diversité d’aliments à nos amies, tout en protégeant le sol du soleil et des autres éléments (un sol ne devrait jamais être laissé à nu!). Si vous laissez un sol à nu et que les poules y font leurs déjections, à terme de la pollution pourrait être générée car les conditions ne seront pas en place pour permettre à la nature de convenable gérer celles-ci.

Dans tous les cas, autant au poulailler qu’à l’enclos, votre litière sera ainsi composée de matières carbonées. Les déjections qui s’y déposent au fil du temps sont, quant à elle, considérées comme azotées. Si vous êtes familier avec le compostage, vous savez que vous avez absolument besoin de ces deux types de matières (carbonées et azotées, avec une prédominance des premières) pour que la magie du compostage opère. Et bien un mélange de litière et de déjections de poules peut généralement très bien composter car il respect ces conditions.

Ainsi, il y a un argument de plus à placer votre composteur près des poules : afin d’y disposer du mélange litière-déjections lors de vos opérations de nettoyage!

De plus, si les poules ne mangent pas certains des résidus de table que vous leur aurez généreusement offerts, ceux-ci demeureront sagement dans la litière pour y sécher. Ultérieurement, ils se retrouveront de toute façon dans votre composteur lors du nettoyage périodique. Ainsi, il n’y aura pas véritablement de perte!

 

« Tu es ce que tu manges »

Vous connaissez cet adage! Et bien il en va évidemment de même pour les poules, ainsi que leurs œufs. En effet, la richesse et la diversité des sources de nourriture, mais aussi l’apport d’une nourriture vivante (herbe fraîche, légumes crus, vers de terre, insectes, limaces, etc.) bonifieront la qualité gustative (et à mon avis aussi nutritionnelle) des œufs.

Malgré qu’il soit nécessaire de laisser aux poules un accès en continue à leur nourriture de base (moulée ou granules) adaptée à leur stade de croissance, cette nourriture sèche n’est pas vraiment vivante. Or dans la nature (oui oui, des poules à l’état naturel, ça existe!), les poules ont accès à de la vie pour se nourrir, et tout comme on devrait favoriser une alimentation vivante chez l’humain, il en va de même pour nos amies ailées! Les résidus alimentaires végétaux non cuits seront donc pour elles une source importante de nourriture vivante, tout comme la petite faune qui se cache sous un paillis couvrant le sol de l’enclos et dont les poules s’alimenteront gaiement.

 

Récapitulatif

En résumé, je vous recommande fortement de faire transiter la majorité de vos résidus alimentaires par le système digestif des poules, de placer le peu qui restera au compost (et la faible portion non compostable aux déchets) et de laisser en permanence une litière au fond de l’enclos (et du poulailler aussi bien entendu). Les poules s’en porteront mieux (valorisation de leur nature omnivore, gourmande et curieuse), de même que l’environnement (génération d’une fertilité de haute qualité, réduction de la pollution causée par l’enfouissement de la matière organique, etc.). C’est ainsi que ce qui pouvait apparaître comme un déchet devient soudainement une ressource que la poule transformera, de manière très efficace, donc avec très peu de perte (pollution), en œufs de qualité et en fertilité vivante dont le sol (en passant par un processus de compostage) raffolera.

 

Un jour, je vous parlerai plus en détails des avantages et techniques à expérimenter pour faire bénéficier aux poules de l’herbe souvent bien (trop) présente sur nos terrains résidentiels!